L'Énigme du Marché Noir des Devises en Algérie
Si vous vous promenez au cœur d’Alger, près de la place Port-Saïd, vous verrez des groupes d’hommes discuter avec animation, des liasses de billets à la main. Ce n’est pas une simple curiosité locale, c’est le cœur financier battant de l’Algérie (à savoir, le marché noir en algérie). Bien loin des guichets feutrés des banques, c’est ici que se fixe la véritable valeur du dinar algérien (DZD).
En 2026, ce marché informel reste l’un des piliers de l’économie nationale, malgré les tentatives de régulation. Plongée dans un système où la loi de la rue défie celle de l’État.
1. Pourquoi deux taux de change ?
L’Algérie fonctionne selon un système de double cotation. D’un côté, le taux officiel fixé par la Banque d’Algérie, utilisé pour les transactions étatiques et les grandes importations. De l’autre, le taux du marché parallèle (le « Square »).
En janvier 2026, l’écart reste abyssal :
Taux Officiel : Environ 152 DA pour 1 Euro.
Taux Parallèle : Il dépasse souvent les 270 DA pour 1 Euro.
Cet écart (ou prime de change) s’explique par une règle simple : la rareté. L’accès aux devises dans les banques est extrêmement restreint pour les particuliers (sauf pour l’allocation voyage, accordé une fois par an), poussant tout le monde vers le marché noir.
2. Les acteurs de l'ombre
Le marché noir n’est pas qu’une affaire de revendeurs de rue. C’est une pyramide complexe :
Les « Cambistes » de rue : Ils sont la face visible, gérant les petites transactions quotidiennes.
Les Importateurs : Beaucoup utilisent le marché noir pour financer l’importation de marchandises non couvertes par les licences officielles.
La Diaspora : Une source majeure d’approvisionnement. Plutôt que de changer leurs euros à la banque au taux officiel, les émigrés préfèrent les vendre au noir pour obtenir presque le double en dinars.
Les Particuliers : Étudiants partant à l’étranger, malades se soignant en Europe ou simples citoyens cherchant à protéger leur épargne contre l’inflation.
3. Les mécanismes de fluctuation
Pourquoi le cours monte-t-il ou descend-il ? Contrairement aux bourses mondiales, le Square réagit à des événements très locaux :
Le Hadj et l’Omra : Les départs massifs vers La Mecque créent une explosion de la demande en devises.
Les Saisons Touristiques : En été, l’arrivée de la diaspora augmente l’offre d’euros, ce qui peut stabiliser temporairement les prix.
Les Décisions Politiques : Chaque annonce de nouvelle restriction sur les importations ou de changement de loi monétaire provoque un choc spéculatif.
Quel impact pour l'économie ?
Ce marché est à double tranchant. Pour le citoyen, c’est une soupape de sécurité pour voyager ou importer des pièces de rechange introuvables. Pour l’État, c’est un manque à gagner fiscal colossal et un frein à l’investissement étranger, car aucun investisseur ne veut entrer avec un dollar à 130 DA sachant que sa valeur réelle est de 240 DA (taux de change au moment de la publication de cette article).
Conclusion
Le marché noir des devises en Algérie n’est pas un simple « phénomène de rue », c’est le reflet des déséquilibres structurels de l’économie. Tant que la réforme bancaire ne permettra pas une convertibilité plus libre du dinar, le Square Port-Saïd restera le véritable baromètre du pouvoir d’achat des Algériens.
- 05/01/2026
- Admin
- 21:06
- Article de Blog
- devises, dinar, dollar, euro, marché noir